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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/111

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porte s’est ouverte. Mais Mrs. Delamere ?…

— Il faut aller la sauver. Venez, Markham, vite ! Plus nous tarderions, moins nous aurions de courage.

La porte ouverte, brusquement, nous nous précipitâmes. Nous trouvâmes Mrs. Delamere étendue sur le plancher, parmi les débris de sa chaise. Nous la relevâmes, l’emportâmes au plus vite, et, comme nous arrivions à la porte, je jetai derrière moi un regard à la dérobée. Deux étranges yeux dardaient sur nous leurs flammes. Des sabots claquèrent. Je n’eus que le temps de refermer la porte : un choc violent la fendit de haut en bas !

— Ça va passer au travers ! Ça passe !

Un autre choc, et, par la brèche de la porte, quelque chose se fit jour : une longue pointe blanche qui luisait sous la lumière de la lampe. Elle brilla un instant devant nous, puis, avec un bruit sec, elle disparut.

— Hâtez-vous ! hâtez-vous ! par ici ! ordonnait à grands cris Harvey Deacon. Emportez-la ! Par ici ! Vite !

Nous avions cherché asile dans la salle à manger et refermé la lourde porte de chêne. Nous étendîmes sur le sofa Mrs. Delamere sans connaissance. Pendant ce temps, Moir, le rude brasseur d’affaires, s’affaissait, évanoui, sur le tapis du foyer. Harvey Deacon, blanc comme un cadavre, avait des convulsions d’épileptique. Nous entendîmes se briser la porte de l’atelier ; d’un bout à l’autre du vestibule, ce furent des allées et venues reniflantes et trépignantes, qui emplirent la maison d’un furieux vacarme. Sa tête dans les mains, le Français sanglotait comme un enfant épouvanté.

— Que faire ? demandai-je, en le secouant durement par les épaules. Si nous prenions un fusil ?

— Non, non ! Le pouvoir va cesser. Cela va finir.

— Fou que vous êtes, vous risquiez de nous tuer avec vos infernales expériences !

— Je ne savais pas. Comment aurais-je prévu la terreur qui l’affole ? Vous en êtes cause. Vous l’avez frappé.

Tout d’un coup, Harvey Deacon sursauta :

— Dieu du ciel !

Un cri terrible avait fait retentir la maison.

— C’est ma femme ! Tant pis, je sors ! Dussé-je avoir affaire au diable !

Rouvrant la porte, il s’élança. À l’extrémité du couloir, en bas de l’escalier, Mrs. Deacon gisait, inanimée, terrassée par ce qu’elle avait vu. Nulle trace de rien d’autre.

Nous regardâmes autour de nous avec horreur. Partout l’immobilité, le silence. Je m’avançai lentement vers la porte de l’atelier, noire et béante, attendant à chaque instant d’en voir sortir quelque abominable forme. Rien ne venait. Un calme absolu régnait dans la pièce. Le regard tendu, le souffle au bout des lèvres, nous allâmes jusqu’au seuil et scrutâmes les ténèbres silencieuses. Elles n’étaient plus partout des ténèbres : un nuage lumineux, avec un centre incandescent, voltigeait dans un angle. Lentement, il diminua d’éclat et de consistance, devint de plus en plus mince, de plus en plus pâle ; puis la même obscurité profonde réenvahit l’atelier. À la minute même où tremblota le dernier rayon de la lueur sinistre, le Français poussa un cri de joie.

— À la bonne heure ! Personne de blessé. Rien que la porte brisée et les dames effrayées. Mais nous avons