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vrit de baisers ses lèvres froides, comme effrayé de ce qu’on le lui prit à jamais.

On put pourtant lui faire entendre raison ; on lui avait déjà fait descendre les marches, quand, se ravisant, il prit quelques fleurs dans le cercueil.

Il regarda ces fleurs d’un air étrange, comme si une idée nouvelle venait de naître en lui et lui fit oublier l’autre. Puis il s’absorba dans sa rêverie et ne fit aucune opposition quand on souleva la bière pour la porter à la tombe.

Cette tombe était peu éloignée ; elle avait été creusée dans l’enclos, tout près de l’église, et avait été payée très cher par Katérina Ivanovna.

Après les rites habituels, les fossoyeurs y descendirent le cercueil.

Sneguerev, ses fleurs à la main, se pencha tellement au-dessus de la fosse que les enfants, effrayés, le saisissant par son paletot, le tirèrent en arrière.