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Voilà ce que son regard d’ange semble nous exprimer. Si nous la servons, cela lui pèse : « Je ne le mérite pas, je ne suis, moi, qu’une misérable estropiée, une inutile. » Quoi ! c’est elle qui ne le mérite pas, elle qui par sa douceur d’ange intervient pour nous devant Dieu !… Sans elle, sans sa douce parole, ce serait l’enfer chez nous.

Elle a pu adoucir même ma fille Varvara. Et cette Varvara Nikolaievna ne la jugez pas mal non plus. C’est aussi un ange, aussi une humiliée. Quand elle est arrivée à la maison cet été, elle avait avec elle seize roubles qu’elle avait gagnés en donnant des leçons, et qu’elle réservait pour retourner à Pétersbourg au mois de septembre, c’est-à-dire en ce moment-ci. Et nous, nous avons pris son argent et l’avons dépensé. Et maintenant, il n’y a plus moyen qu’elle retourne. Voilà comment sont les choses.