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longtemps obligé de se soumettre, qui a beaucoup souffert, mais qui s’est libéré enfin et qui veut se montrer ; il ressemblait encore à un homme qui voudrait bien vous frapper, mais qui comprend que c’est lui qui sera frappé par vous. Dans ses paroles, dans l’intonation de sa voix aigrelette, on trouvait une sorte d’humour et de bouffonnerie, tantôt caustique et tantôt craintive, mais qui ne gardait jamais de mesure et se dissimulait toujours. Sa question sur « les parages » avait été posée comme par un homme en proie à la fièvre. Ses yeux étaient grands ouverts, et il s’approcha si près d’Alexey que celui-ci recula instinctivement.

Il portait un veston de nankin de couleur sombre, très usé, très rapiécé et couvert de taches. Son pantalon était fait d’une sorte d’étoffe très mince de couleur trop claire et en dehors de toute