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dont mon oncle disait qu’elle avait quelque chose de fantasque, celle qu’on lui fiançait de force et pour qui toute la maison était aux petits soins eu égard à sa richesse. Ses yeux me plurent : des yeux bleus et très doux en dépit des rides qui les cernaient. Leur regard était si franc, si gai, si bon, qu’on se réjouissait de le rencontrer. Je parlerai plus loin de Tatiana Ivanovna, qui est une des héroïnes de mon récit ; sa biographie est fort intéressante.

Quelque cinq minutes après mon entrée dans la salle, on vit accourir du jardin un charmant garçonnet, mon cousin Ilucha, suivi d’une jeune fille un peu pâle et fatiguée, mais très jolie. Elle jeta sur l’assemblée un regard investigateur, méfiant, et même timide, puis, après m’avoir examiné à mon tour, elle s’assit à côté de Tatiana Ivanovna. Je me souviens que mon cœur battit : j’avais compris que c’était là cette fameuse institutrice. À son entrée, mon oncle me jeta un regard rapide et devint écarlate, mais, se baissant aussitôt, il saisit Ilucha dans ses bras et vint me le faire embrasser. Je remarquai aussi que Mme Obnoskine examinait d’abord mon oncle, puis dirigeait son lorgnon sur l’institutrice avec un air moqueur.

Mon oncle était tout confus et ne sachant quelle