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hussard la gérance de ses domaines, après en avoir, au préalable, chassé l’intendant allemand, qui le volait de son mieux, en dépit de la fameuse honnêteté allemande.

Cinq ans plus tard, la propriété du comte était devenue méconnaissable ; les paysans étaient riches ; les revenus avaient doublé ; en un mot, le nouvel intendant s’était distingué, et il était devenu célèbre par ses capacités dans tout le gouvernement. Aussi, quelle ne fut pas la surprise et la douleur du comte lorsque, au bout de cinq ans, et malgré toute les prières et les offres d’augmentation de traitement, Mizintchikov démissionna.

Le comte s’imaginait qu’il avait été séduit par d’autres propriétaires de quelque gouvernement voisin. Mais tout le monde fut bien étonné quand, deux mois après sa retraite, Ivan Ivanovitch Mizintchikov se rendit acquéreur d’une magnifique propriété de cent âmes situées à quarante verstes du domaine du comte, et appartenant à un ancien hussard ruiné qui avait été son camarade au régiment. Il avait aussitôt engagé ces cent âmes et, un an après, il en rachetait soixante autres aux environs. Il est actuellement un gros propriétaire. Tout le monde se demande avec étonnement où il a trouvé de l’argent. Il en est qui hochent la