Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/397

Cette page a été validée par deux contributeurs.


besoin d’argent et, pour mieux la convaincre, on lui avait par deux fois emprunté des sommes considérables. Mais Tatiana mourut il y a trois ans, et Nastia dut bien recevoir ses trente mille roubles. La mort de la pauvre demoiselle fut subite. Toute la famille se préparait à se rendre au bal chez des voisins, et Tatiana n’avait pas eu le temps de mettre sa robe de bal et de se poser sur les cheveux une magnifique couronne de roses blanches que, prise d’un malaise, elle s’était laissée tomber dans un fauteuil, où elle n’avait pas tardé à expirer.

On l’enterra avec sa couronne de bal. Nastia en éprouva un grand chagrin, car elle avait l’habitude de choyer Tatiana et de la soigner comme une enfant. Elle avait étonné tout le monde par la sagesse de son testament. À part les trente mille roubles qu’elle laissait à Nastenka, le reste, trois cent mille environ, devait être consacré à l’éducation de fillettes orphelines et à les doter à leur sortie des établissements scolaires.

C’est l’année de sa mort que se maria la demoiselle Pérépélitzina, qui était restée chez mon oncle après le trépas de la générale, dans l’espoir de gagner les bonnes grâces de Tatiana Ivanovna. Sur ces entrefaites, un fonctionnaire des environs