Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/347

Cette page a été validée par deux contributeurs.


disparaître à jamais. Soulevez-moi ; si faible que je sois, je dois accomplir mon devoir.

On le souleva. Il prit une pose d’orateur et, tendant les mains.

— Colonel ! clama-t-il, me voici de nouveau en pleine possession de moi-même. La foudre n’a pas oblitéré mes facultés intellectuelles. Je ne ressens plus qu’une surdité dans l’oreille droite, résultat probable de ma chute sur le perron... Mais qu’importe ? qu’importe l’oreille droite de Foma ?

Il sut communiquer à ces derniers mots tant d’ironie amère et les accompagner d’un sourire si triste que les gémissements des dames reprirent de plus belle. Toutes, elles attachaient sur mon oncle des regards de reproche et de haine. Mizintchikov cracha et s’en fut vers la fenêtre. Bakhtchéiev me poussa furieusement le coude ; il avait peine à tenir en place.

— À présent, écoutez tous ma confession ! gémit Foma, parcourant l’assistance d’un regard fier et résolu et vous, Yégor Ilitch, décidez du sort du malheureux Opiskine ! Depuis longtemps, je vous observais ; je vous observais, l’angoisse au cœur et je voyais tout, tout ! alors que vous ne pouviez encore vous douter que je vous observais. Colonel, je me trompais peut-être, mais je con-