Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/339

Cette page a été validée par deux contributeurs.



— Il s’est relevé et il a continué son chemin en s’appuyant sur sa canne.

Ayant dit, Gavrilo soupira et baissa la tête. Je renonce à décrire les larmes et les sanglots de ces dames.

— Qu’on m’amène Polkan ! cria mon oncle en se précipitant dans la cour.

Polkan fut amené ; mon oncle s’élança dessus, à poil et, une minute plus tard, le bruit déjà lointain des sabots du cheval nous annonçait qu’il était à la poursuite de Foma. Il n’avait même pas pris de casquette.

Les dames se jetèrent aux fenêtres ; les ah ! et les gémissements s’entremêlaient de conseils. On parlait de bain chaud, de thé pectoral et de frictions à l’alcool pour ce Foma Fomitch « qui n’avait pas mangé une miette de pain depuis le matin ! » La demoiselle Pérépélitzina ayant mis la main, par hasard, sur les lunettes de l’exilé, la trouvaille produisit une sensation extraordinaire. La générale s’en saisit avec des pleurs et des gémissements, et se colla de nouveau le nez contre la fenêtre, les yeux anxieusement fixés sur le chemin. L’émotion était à son comble... Dans un coin, Sachenka s’efforçait de consoler Nastia et toutes deux pleuraient enlacées. Nastenka tenait Ilucha par la