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d’orpheline ? Je ne suis pas votre esclave ; je suis la fille d’un lieutenant-colonel et je ne remettrai jamais le pied dans votre maison que je vais quitter aujourd’hui même !

Mais mon oncle ne l’écoutait pas. Il s’approcha de Nastenka et lui prit dévotement la main.

— Vous avez entendu ma demande, Nastassia Evgrafovna ? lui demanda-t-il avec une anxiété désolée.

— Non, Yégor Ilitch, non ! Laissons cela ! répondit-elle, à son tour découragée. Tout cela est bien inutile ! et, lui pressant les mains, elle fondit en larmes. Vous ne faites cette demande qu’en raison de l’incident d’hier... Mais vous voyez bien que ça ne se peut pas. Nous nous sommes trompés, Yégor Ilitch !... Je me souviendrai toujours que vous fûtes mon bienfaiteur et je prierai toujours pour vous... toujours ! toujours !

Les larmes étouffèrent sa voix. Mon pauvre oncle pressentait cette réponse. Il ne pensa même pas à répliquer, à insister... Il l’écoutait, penché vers elle et lui tenant la main, dans un silence navré. Ses yeux se mouillèrent. Nastia continua :

— Hier encore, je vous disais que je ne pouvais être votre femme. Vous le voyez : les vôtres ne veulent pas de moi ; je le sentais depuis long-