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fils ; elle semblait en proie à une sorte d’ahurissement, et, soudain, avec un sanglot déchirant, elle se jeta à ses genoux devant lui. Elle criait :

— Yégorouchka ! mon petit pigeon ! fais revenir Foma Fomitch ! Envoie-le chercher tout de suite ou je mourrai avant ce soir !

Mon oncle fut atterré de voir agenouillée devant lui, sa vieille mère si tyrannique et si capricieuse. Une expression de souffrance passa sur son visage. Enfin, revenu de son étonnement, il se précipita pour la relever et l’installer dans le fauteuil.

— Fais revenir Foma Fomitch, Yégorouchka ! continuait à gémir la générale, fais-le revenir, le cher homme, je ne peux vivre sans lui !

— Ma mère ! exclama douloureusement mon oncle, n’avez-vous donc rien entendu de ce que je vous ai dit ? Je ne peux faire revenir Foma, comprenez-le ! Je ne le puis pas et je n’en ai pas le droit après la basse et lâche calomnie qu’il a jetée sur cet ange d’honnêteté et de vertu. Comprenez, ma mère, que l’honneur m’ordonne de réparer le tort causé à cette jeune fille ! Vous avez entendu : je demande sa main et je vous supplie de bénir notre union.

La générale se leva encore de son fauteuil et alla se jeter à genoux devant Nastenka.