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— Allons, allons ; assez, assez ! balbutia-t-il enfin. Calme-toi Paul Sémionovitch. Qu’y faire ?... Si tu veux, viens dîner, mon ami... Je suis très content, très content...

Mais M. Bakhtchéiev agit tout autrement.

— Créer une bourse ! rugit-il furieusement. Cela t’irait bien, de créer des bourses ! Tu serais surtout fort heureux de chiper celles que tu pourrais... Tu n’as pas seulement de culottes et tu te mêles de créer des bourses ! Chiffonnier, va ! Tu t’imaginais subjuguer ce tendre cœur ! Mais où donc est-elle, ton espèce de mère ? Se serait-elle cachée ? Je parie qu’elle n’est guère loin... derrière le paravent... à moins qu’elle ne se soit fourrée sous son lit, de venette !

— Stépane ! Stépane ! cria mon oncle.

Obnoskine rougit et voulut protester, mais avant qu’il eût eu le temps d’ouvrir la bouche, la porte s’ouvrit et, rouge de colère, les yeux dardant des éclairs, Anfissa Pétrovna, en personne, fit irruption dans la pièce.

— Qu’est-ce que cela signifie ? cria-t-elle. Qu’est-ce qu’il se passe ici, Yégor Ilitch ? vous vous introduisez avec votre bande dans une maison respectable ; vous effrayez les dames ; vous commandez en maître !... De quoi ça a-t-il l’air ?