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rompu nos rencontres depuis quatre jours, mais, aujourd’hui, il fallait bien y aller ; tu l’as vu ! comment aurais-je pu lui parler autrement ? Je suis allé au rendez-vous dans l’espoir de l’y trouver. Elle m’y attendait depuis une heure : j’avais besoin de lui communiquer certaines choses...

— Mon Dieu ! quelle imprudence ! Vous saviez bien qu’on vous surveillait !

— Mais, Serge, la circonstance était critique ; nous avions des choses importantes à nous dire. Le jour, je n’ose même pas la regarder ; elle fixe son regard sur un coin, et moi, je regarde obstinément dans le coin opposé, comme si j’ignorais jusqu’à son existence. Mais la nuit, nous nous retrouvions et nous pouvions nous parler à notre aise...

— Eh bien, mon oncle ?

— Eh bien, je n’ai pas eu le temps de dire deux mots, vois-tu ; mon cœur battait à éclater, les larmes me jaillirent des yeux... Je commençais à essayer de la convaincre de t’épouser quand elle me dit : « Mais vous ne m’aimez donc pas ? Bien sûr que vous ne voyez rien ! » Et soudain, voilà qu’elle se jette à mon cou, qu’elle m’entoure de ses bras et qu’elle fond en larmes avec des sanglots !... « Je n’aime que vous, me dit-elle, et je n’épouserai personne. Je vous aime depuis longtemps, mais je