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qu’elle est mariée aujourd’hui. Mais je la rendrais tout à fait malheureuse, si je vivais avec elle et si j’en exigeais l’accomplissement de tous ses devoirs conjugaux. Je viendrais la voir une fois par an, peut-être un peu plus souvent, mais non pas pour lui extorquer de l’argent, je vous l’assure ! J’ai dit que je ne prendrais pas plus de cent mille roubles ! En venant la voir pour deux ou trois jours, je lui apporterai une distraction, le plaisir et non l’ennui ; je la ferai rire ; je lui conterai des anecdotes ; je la mènerai au bal ; je la courtiserai ; je lui ferai des cadeaux ; je lui chanterai des romances ; je lui donnerai un petit chien ; je lui écrirai des lettres d’amour. Mais elle sera ravie de posséder un mari aussi romanesque, aussi amoureux, aussi gai ! À mon avis, cette façon d’agir est très rationnelle et tous les maris devraient s’y tenir. Les femmes n’aiment leurs maris qu’alors qu’ils ne sont pas là et, avec ma méthode, j’occuperai de la plus agréable façon et pour toute sa vie le cœur de Tatiana. Dites-moi ce qu’elle pourrait désirer de mieux ? Mais ce sera une existence paradisiaque !

Je l’écoutais en silence et avec un profond étonnement, comprenant à quel point il était impossible de discuter contre ce monsieur Mizintchikov, convaincu jusqu’au fanatisme de l’équité et même