Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/192

Cette page a été validée par deux contributeurs.



— Tu es un être sublime, Foma ! s’écria enfin mon oncle revenu à lui. Tu es le plus noble des hommes.

— Je le sais, répondit Foma d’une voix faible, mais avec une extrême dignité.

— Foma, pardonne-moi ! Je me suis conduit envers toi comme un lâche !

— Oui, comme un lâche ! acquiesça Foma.

— Foma, ce n’est pas la noblesse de ton âme qui me surprend, poursuivit mon oncle charmé, ce qui m’étonne, c’est que j’aie pu être assez aveugle, assez brutal, assez lâche pour oser te proposer cet argent. Mais tu te trompes, Foma, je ne t’achetais pas ; je ne te payais pas pour quitter la maison. Je voulais tout simplement t’assurer des ressources, afin que tu ne fusses pas dans le dénuement en me quittant. Je te le jure ! Je suis prêt à te demander pardon à genoux, à genoux, Foma ! Je vais m’agenouiller tout de suite à tes pieds... pour peu que tu le désires...

— Je n’ai pas besoin de vos génuflexions, colonel !

— Mais, mon Dieu, songe donc, Foma, que j’étais hors de moi, affolé !... Dis-moi comment je pourrai effacer cette insulte ? Allons, dis-le moi ?

— Il ne me faut rien, colonel ! Et soyez sûr que,