Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/186

Cette page a été validée par deux contributeurs.


rompis-je, et je devine... Je viens de causer avec Nastassia Evgrafovna.

— Mon ami, pas un mot de cela à présent, pas un mot ! interrompit-il à son tour, non sans précipitation et presque avec effroi. Plus tard, je te raconterai tout moi-même, mais, en attendant... Eh bien, où donc est Foma Fomitch ? — cria-t-il à Vidopliassov qui entrait dans la salle.

Le laquais venait annoncer que Foma Fomitch « ne consentait pas à venir, qu’il considérait la sommation de mon oncle par trop brutale et qu’il en était offensé ». Mon oncle frappa du pied en criant :

— Amène-le ! amène-le ici de force ! Traîne-le !

Vidopliassov, qui n’avait jamais vu son maître dans un tel transport de colère, se retira fort effrayé. J’étais stupéfait.

« Il faut qu’il se passe quelque chose de bien grave, me disais-je, pour qu’un homme de ce caractère en vienne à ce point d’irritation, et trouve la force de pareilles résolutions ! »

Pendant quelques minutes, mon oncle se remit à arpenter la pièce. Il semblait en lutte avec lui-même.

— Ne déchire pas ton cahier, dit-il enfin à Gavrilo. Attends et reste ici. J’aurais peut-être