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je partirai. Qui sait ? Peut-être pourront-ils raccommoder son mariage avec Tatiana Ivanovna... Voilà. Maintenant vous savez tout et je vous prie de l’en instruire, puisque je ne peux même plus lui parler ; on nous épie et surtout cette Pérépélitzina. Dites-lui qu’il ne s’inquiète pas de moi, que j’aime mieux manger du pain noir dans l’izba de mon père que de continuer ici à lui occasionner du tourment. Pauvre, je dois vivre en pauvre... Mais Dieu ! quel vacarme ! Que se passe-t-il encore ? Tant pis ; j’y vais de ce pas et coûte que coûte. Je vais tout leur cracher à la face et advienne que pourra ! je le dois. Adieu !

Et elle s’enfuit. Je restai là, conscient du rôle ridicule que je venais de jouer et me demandant comment tout cela allait se terminer. Je plaignais la pauvre jeune fille et avait grand-peur pour mon oncle. Soudain Gavrilo surgit près de moi. Il tenait encore son cahier à la main.

— Votre oncle vous demande, dit-il d’un ton morne.

— Mon oncle m’appelle ? où est-il ?

— Dans la salle où l’on prend le thé, où vous étiez tantôt.

— Avec qui ?

— Tout seul. Il vous attend.