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littéraire que dans l’unique but de m’éblouir, de me réduire à rien, d’écraser le savant pétersbourgeois, l’esprit fort. J’en fus convaincu.

— Puisque vous tenez à connaître mon opinion, fit Mizintchikov, sachez donc que je suis de votre avis.

— Comme toujours ! Cela en devient même écœurant ! remarqua Foma. Il se tourna de nouveau vers Obnoskine et continua : — Paul Sémionovitch, je vous dirai franchement que, si j’estime l’immortel Karamzine, ce n’est pas pour sa Marfa de Possade ni pour sa Vieille et Nouvelle Russie, mais parce qu’il a écrit Frol Siline, cette magnifique épopée ! C’est une œuvre purement populaire qui perdurera à travers les siècles. C’est une épopée sublime !

— Très juste ! très juste ! Une grande époque ! Frol Siline est un homme de bien ! Je me rappelle avoir lu qu’ayant payé pour l’affranchissement de deux jeunes filles, il contempla le ciel et pleura. C’est un trait sublime ! approuva mon oncle tout joyeux.

Mon pauvre oncle ! Il ne manquait jamais l’occasion de s’immiscer dans une conversation savante ! Foma sourit méchamment, mais il ne dit rien.