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avait écouté avec la plus profonde attention, en me regardant d’un air de triomphe.

Et, se frottant les mains, il ajouta :

— Comme c’est traité ! Il vous a une de ces conversations variées !... — Son cœur débordait, il s’écria : — Foma Fomitch, voici mon neveu ; je te le présente. Il a fait aussi de la littérature.

Mais, comme devant, Foma ne prit pas garde à la présentation de mon oncle.

— Au nom de Dieu, ne me présentez plus ! Je vous le demande très sérieusement ! lui murmurai-je d’un ton décidé.

— Ivan Ivanovitch, reprit Foma en s’adressant à Mizintchikov et le regardant fixement, vous avez entendu ? Quelle est votre opinion ?

— Mon opinion ? C’est à moi que vous parlez ? fit Mizintchikov en homme qu’on vient de réveiller.

— Oui, c’est à vous. Je vous le demande parce que je n’attache d’importance qu’à l’opinion des gens vraiment instruits et non à celle de ces problématiques esprits dont toute l’intelligence consiste à se faire présenter à toute minute comme savants et que l’on fait parfois venir pour jouer les polichinelles.

C’était une pierre dans mon jardin. Il ne faisait pas doute que Foma n’avait abordé cette dissertation