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des yeux, cependant que la demoiselle Pérépélitzina ricanait en se frottant les mains et que la pauvre Prascovia Ilinitchna tremblait d’effroi. Mon oncle se multiplia tout aussitôt.

— Du thé, du thé, ma sœur ! Sucrez-le bien, ma sœur, Foma Fomitch aime le thé bien sucré après la sieste. Tu le veux sucré, n’est-ce pas, Foma ?

— Il s’agit bien de thé, fit lentement et dignement Foma, en agitant la main d’un air préoccupé. Vous ne pensez qu’aux friandises !

Ces paroles de Foma et le ridicule de son entrée pédantesque m’intéressèrent prodigieusement. J’étais curieux de voir jusqu’où irait l’insolence de cet individu et son mépris de la plus élémentaire politesse.

— Foma, reprit mon oncle, je te présente mon neveu, Serge Alexandrovitch, qui vient d’arriver.

Foma Fomitch le toisa des pieds à la tête et, sans m’accorder la plus légère attention, il dit après un long silence :

— Je m’étonne que vous vous appliquiez à m’interrompre systématiquement. Je vous parle d’affaires sérieuses et vous me répondez par Dieu sait quoi !... Avez-vous vu Falaléi ?

— Je l’ai vu, Foma...

— Ah ! vous l’avez vu ? Eh bien, je vais vous le