Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/138

Cette page a été validée par deux contributeurs.


bon et qu’il était absurde de le laisser auprès des maîtres ? Jamais vous ne parviendrez à transformer cette âme de paysan en quelque chose d’élevé, de poétique. — Et, s’adressant à Falaléi : — Est-ce que tu ne peux pas voir dans tes rêves des spectacles nobles, délicats, distingués, par exemple : une scène de la vie élégante, des messieurs jouant aux cartes, ou des dames se promenant dans un beau jardin ?

Falaléi avait promis, pour la nuit suivante, de ne peupler ses rêves que de messieurs élégants et de dames distinguées. En se couchant, les larmes aux yeux, il avait prié Dieu de lui envoyer un de ces rêves superfins et il avait longtemps médité sur les moyens de ne plus voir ce maudit bœuf blanc. Mais nos vouloirs sont fragiles. À son réveil, il se rappela, non sans terreur, qu’il n’avait cessé de rêver toute la nuit de ce misérable bœuf blanc, et n’avait réussi à contempler une seule dame en promenade dans quelque beau jardin. Ce fut terrible, Foma déclara fermement qu’il ne pouvait admettre la possibilité d’une pareille récidive. Il n’était donc pas douteux que Falaléi obéissait à un plan tracé par quelqu’un de la maison dans le but de le molester, lui, Foma. Ce furent des cris, des reproches, des larmes. Vers