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Français et des sauvages assemblés ; ” cela leur fit conclure que c’étaient des gens qui montaient au pays des Hurons, qu’ils en viendraient bientôt à bout ; pour cela, ils commencèrent à faire leur approche vers ce petit réduit qu’ils tentèrent d’emporter par plusieurs fois ; mais en vain, car ils furent toujours repoussés avec perte des leurs et à leur confusion ; ce qui leur faisait beaucoup de dépit c’est qu’ils voyaient devant eux les Français prendre les têtes de leurs camarades et en border le haut de leurs pieux ; mais ils avaient beau enrager, ils ne pouvaient se venger étant seuls ; c’est pourquoi ils députèrent un canot pour aller chercher 900 de leurs guerriers qui étaient aux Isles de Richelieu, et qui les attendaient, afin d’emporter tout d’un coup ce qu’il y avait de Français dans le Canada et de les abolir ainsi qu’ils en avaient juré la ruine, ne faisant aucun doute qu’ils auraient Québec et les Trois Rivières sans difficultés ; que pour le Montréal, encore qu’ils y fussent ordinairement mal reçus, ils tâcheroient cette fois là de l’avoir aussi bien que du à force de le harceler et de s’y opiniâtrer ; ce qu’ils disaient aurait été vrai apparemment, si nos 17 Français n’eussent détourné ce coup fatal par leur valeureuse mort, voyons comme le tout tourna dans la suite. Le canot qui était allé quérir du secours étant parti, le reste des ennemis se contenta de tenir le lieu bloqué hors de la portée du fusil et à l’abri des arbres ; de là, ils criaient aux Hurons qui mouraient de soif dans ce chétif trou aussi bien que nos gens, n’y ayant point d’eau ; qu’ils eussent à se rendre, qu’il y avait bon quartier, qu’aussi bien ils étaient morts s’ils ne le faisaient ; qu’il leur allait venir 500 hommes et que alors, ils les auraient bientôt pris. La langue de ces traîtres qui leur représentaient l’apparence du fruit de l’arbre de la vie les déçut aussi frauduleusement que le serpent trompa nos premiers parents, lorsqu’il leur fit manger ce fruit de mort qui leur coûta si cher. Enfin ces âmes lâches, au lieu de se sacrifier en vrais soldats de J. C., abandonnèrent nos 17 Français, les quatre Algonquins et Anontaha qui paya pour sa nation de sa personne, ils se rendirent tous aux ennemis, sautant qui d’un côté de l’autre, par dessus les méchantes palissades de ce trou où étaient nos pauvres relégués, ou bien sortant à la dérobée par la porte afin de s’y en aller. Jugez du crève cœur que cela fit à nos gens surtout au brave Anontaha qui, dit-on, manqua son neveu d’un coup de pistolet, le voulant tuer lorsqu’il le vit s’enfuir avec les 40 paignots qu’il avait amenés. Voyez après tout cela quel cœur avaient ces 22 personnes restées demeurant fermes et constants dans la résolution de se défendre jusqu’à la mort, sans être effrayés par cet abandon, ni par l’arrivée des 500 hommes dont le hurlement seul eut été