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d’elle a besoin de changer d’air ; elles vous vont venir saluer et demander le couvert ; » après cela, ces deux bonnes filles entrèrent ; auxquelles cette bonne demoiselle un peu interdite fit la meilleure réception qu’elle put, ensuite de quoi elle leur dit agréablement : « Vous venez, mes mères, et moi je m’en vais : ” Que si cette repartie d’esprit, fit voir son soupçon, cela lui était bien pardonnable d’autant que l’innocence de cette conduite eut paru un peu jouée à beaucoup d’autres ; Après avoir causé quelque temps avec elle, elle prit son temps pour aller voir Mr. de Maison-neufve, lequel croyant qu’elle avait fait venir ces deux religieuses, était étonné de ce qu’elle ne lui en avait rien dit, c’est pourquoi il la regarda un peu froid, surtout parcequ’il soupçonna quelque dessein d’établissement contre le contrat que feu M. Ollier avait fait conjointement avec les associés en faveur des religieuses de la Flèche ; mais un peu d’éclaircissement lui ayant fait connaître qu’ils n’étaient pas plus savants l’un que l’autre en cette matière et que ces bonnes filles ne venaient que pour prendre l’air afin de se guérir, ils se mirent à rire de la fausse alarme, se séparèrent bons amis, et Mlle. Mance s’en retourna trouver ses chères hôtesses, avec lesquelles elle fut deux jours et deux nuits, après lesquelles elle les laissa dans sa maison de l’hôpital et s’embarqua pour la France, toute remplie d’un religieux amour vers ces deux bonnes et pieuses filles aussi bien que pour toute leur maison où Dieu est admirablement bien servi, d’où elle aurait bien voulu dérober pour toujours un aussi riche trésor que ces deux hôtesses, sans que les filles de la Flèche auxquelles elle pensait uniquement à cause de l’élection qui en avait été faite. Etant à Québec, elle y resta 8 jours à l’hôpital où elle fut fort régalée en témoignage de reconnaissance du bon accueil qu’elle avait faite à leurs sœurs au Montréal, ensuite de quoi elle s’embarqua, pour ne mettre pied à terre que dans l’Europe.

De l’automne 1658 jusqu’à l’automne 1659 au départ des navires du Canada.


Le Montréal ne nous fournit pas de matières fort considérables jusqu’à l’arrivée des vaisseaux de cette année, d’autant que chacun se tint si bien sur ses gardes à cause de la guerre, que l’on se para de l’embuscade de l’ennemi, ce que nous pouvons dire seulement, c’est que Messieurs du Séminaire de St. Sulpice ayant pris deux terres, aux deux extrémités de cette habitation, cela servit grandement à son soutien à cause du grand nombre de gens qu’ils avaient