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connaît point a faite en ce pays-là, pour un hôpital, dont elle a fait cette bonne demoiselle administratrice, car enfin si je ne les vas secourir, il faut que tout quitte et échoue. À ces mots elle me dit : « Comment s’appelle cette dame ? » Hélas ! lui répondis-je, elle a défendu à Mlle Mance de la nommer, elle n’oserait l’avoir fait ; au reste, cette demoiselle dit que sa dame est si généreuse dans ses charités qu’on aurait lieu de tout espérer si elle pouvait avoir l’honneur de lui parler, — qu’autrefois elle avait auprès d’elle un bon religieux qui eut bien négocié cette affaire et lui eut bien fait connaître le tout, mais maintenant, lui étant mort, elle ne peut lui parler ni lui faire parler, pas même lui écrire, parce que cette dame lui a défendu de mettre son nom pour l’adresse de ses lettres ; que quand ce religieux vivait, il connaissait ce mystère, elle lui envoyait ses lettres parce que lui qui avait tout moyen et savait le tout les portait ; maintenant qu’il n’y avait plus rien à faire, que si elle avait seulement mis son nom pour servir d’adresse sur une lettre, elle assura qu’elle tomberait dans sa disgrâce et qu’elle aimait mieux laisser le tout à la seule Providence, que de fâcher une personne à qui elle est tant obligée elle et toute la compagnie du Montréal. Voilà, madame, lui dis-je, l’état où sont les choses, même on est si pressé de secours que la demoiselle voyant que tous les desseins de la fondatrice sont prêts à être mis au néant, elle a donné un pouvoir de prendre 22, 000 livres de fondation qui sont dans Paris pour 100 arpents de terre que la compagnie lui donne, en disant : Prenez cet argent, il vaut mieux qu’une partie de la fondation périsse que le total, servez-vous de cet argent pour lever du monde, afin de garantir tout le pays en sauvant le Montréal. Je ne crains point, dit-elle, l’esprit de ma bonne dame, si elle savait les angoisses où nous sommes, elle ne se contenterait pas de cela. Voilà l’offre qu’a fait cette demoiselle. J’avais de la peine à accepter, mais enfin, ayant été pressé vivement par elle qui m’assurait toujours qu’elle pouvait hardiment interpréter la volonté de sa bonne dame en cette rencontre ; j’ai fait un concordat avec elle pour ces cent arpents de terre, en faveur des 22, 000 livres qu’elle a espéré devoir beaucoup aider à garantir le pays qui est l’unique but de ce concordat ; car la terre à ce pays-là serait un peu bien chère. Voilà, madame, la situation où nous sommes. “Je voudrais bien, me répondit cette bonne dame, que vous me revinssiez voir pour nous entretenir de ces choses.’’Volontiers, madame, lui dis-je. Depuis, je l’ai vue plusieurs fois, même elle prenait plaisir à me faire entrer dans son cabinet, pour m’entretenir à loisir de toutes les particularités, mais jamais elle n’a voulu se découvrir à moi, il est vrai que notre négociation n’a pas laissé de réussir,