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put-il jamais échapper, il lui donnait des coups de hache par la tête, toujours elle tenait bon jusqu’à ce que déréchef elle tomba évanouie par terre et par sa chute elle donna lieu à cet Iroquois de s’enfuir au plus vite, ce qui était l’unique chose à quoi il pensait pour lors, car il était prêt d’être joint par nos Français lesquels accouraient de toutes parts ; au reste cette action fut suivie de quelque chose d’assez plaisant, d’autant que les Français qui menaient au secours ayant aidé à relever cette femme, un d’entre eux l’embrassa par signe d’amitié et de compassion, elle revenant soi et se sentant embrassé déchargea un gros soufflet à ce client affectueux, ce qui obligea les autres à lui dire : “ Que faites-vous, cet homme vous témoigne amitié sans penser à mal, pourquoi le frappez-vous ?” “ Parmanda, dit-elle, en son patois, je croyais qu’il me voulait baiser.” C’est étonnant les profondes racines que jette la vertu lorsqu’elle se plait dans un cœur, son âme était prête à sortir, son sang avait quitté ses veines et la vertu de la pureté était encore inébranlable dans son cœur. Dieu bénisse le saint exemple que cette bonne personne a donné à tout le monde en cette occasion pour la conservation de cette vertu. Cette bonne femme Mme Primot, dont nous parlons, est encore en vie et s’appelle communément Parmenda à cause de ce soufflet, qui surprit tellement un chacun que le nom lui en a demeuré. Les Iroquois, sur la fin de l’été, las de ne pouvoir se venger des coups reçus et des pertes nouvelles qu’ils faisaient encore tous les jours, résolurent de se rendre plus bas afin de voir s’ils réussiraient mieux, ce qu’ils firent malheureusement pour nous, ainsi que la mort de M. Duplessis, gouverneur le Trois Rivières, et d’une grande partie des habitants de ce lieu le fait voir à ceux qui lisent les relations des Révérends pères Jésuites, lais comme ceci n’est pas de notre fait, passons outre et disons lue Mlle. Mance ne revit pas M. de Maison-Neufve, comme elle pensait, cette année ; mais qu’elle eut seulement de ses nouvelles par lesquelles il lui mandait qu’il espérait de revenir l’an suivant avec plus de cent hommes, qu’il avait vu adroitement la bonne fondatrice sans faire semblant de rien, qu’il lui avait fait connaître l’état des choses, qu’il y avait sujet d’en espérer encore beaucoup, qu’il ne manqua pas de lui écrire sans lui donner à connaître qu’elle elle était. Cette lettre consola beaucoup Mlle Mance dans ce pénible retardement de notre cher Gouverneur ; car par elle on voyait tout se disposer pour son retour l’an suivant, ce qui lui était fort incertain auparavant, d’autant que M. de Maison-Neufve lui avait dit et à M. DesMuseaux, auquel il avait laissé ses ordres en tout événement : “ Je tâcherai d’amener 200 hommes, ils nous seraient bien nécessaires pour défendre ce lieu ; que si je n’en ai pas du