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lequel partit après lui, qu’il revint incontinent, parce que son beau-frère avait été assassiné depuis son départ et que sa mère avait conçu un dessein ruineux pour des secondes noces, et que ces deux choses enveloppaient tant d’affaires qu’il fallait absolument qu’il remonta en mer. Voyant cette lettre qui l’obligeait une seconde fois à s’en aller, il n’osa aller au Montréal ; il fallut qu’il épargna le cœur de ses enfants, pour conserver le sien, il savait que les lettres qui porteraient ce fâcheux rabat-joie y donneraient assez de tristesse sans l’aller augmenter par sa présence. C’est pourquoi, quittant cette pensée, il alla cacher son chagrin au plus vite dans le fond d’un vaisseau, et envoya les lugubres messagers de sou retour à son cher Montréal, qu’il consola le mieux qu’il put par l’espérance d’y revenir l’an suivant sans y manquer.


de l’automne 1646, jusqu’à l’automne 1647, au départ des navires du Canada.


Au commencement de cet hiver, les Iroquois brûlèrent le fort de Richelieu, [1] qu’on avait laissé sans monde, disant par raillerie que ce n’était pas par mal mais qu’il n’était fait que de gros bois, ce qu’ils firent à dessein de le piller sans en pouvoir être accusés,le mois de mars venu, ils levèrent le masque tout de bon, ils commencèrent l’exécution des pernicieux desseins qui les avait portés à faire la paix ; voilà qu’ils se divisèrent en plusieurs branches et allèrent en guerre de toutes parts en même temps, Quand à nos pauvres sauvages, comme ils se regardaient dans une (profonde paix, ils étaient dans différentes rivières à chasser sans donner aucunement de garde, ce qui fut cause que ces traîtres venant tout d’un coup dans ces rivières où ils étaient, ils en firent tout à la fois un si épouvantable massacre qu’ils en laissèrent peu échapper, surtout il y eut très-peu de Nipissiriniens qui se sautèrent ; quand aux Hurons qui étaient aux environs d’ici, ils s’y jettaient comme dans un asile assuré, d’où ils prirent la coutume de parlementer avec leurs ennemis, ce qu’ils faisaient sans crainte cause du lieu où ils étaient, mais comme ils avaient de la peine s’y tenir, pour avoir leur vie et liberté assurés en même temps, ils méditaient une lâche manière de trahir les Français, pour captiver la bienveillance de l’ennemi, sans penser aux grandes dépenses que l’on faisait ici pour les entretenir dans ce temps-là

  1. Bâti en 1642 par M. de Montmagny à l’entrée de la rivière de Sorel alors Sommée rivière Richelieu.