Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/26

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Algonquins ayant tué un Iroquois dans son pays, furent poursuivis de ses camarades jusqu’à la vue de ce fort où ils les aperçut se sauver sans pour cela se faire connaître aux Français non plus qu’aux Algonquins ; ils se contentèrent de remarquer le lieu sans faire aucun bruit afin d’aller porter ces nouvelles chez eux ; c’est ce que leurs gens eux-mêmes nous ont appris depuis, car personne ne savait rien de cette poursuite, que si les Algonquins fuyaient fort vite, ils ne savaient pas pour cela qui étaient à leur poursuite ; c’est la frayeur qui leur donnait cette allure qui est fort ordinaire faux sauvages quand ils ont fait quelques coups, alors leur nombre suffit souvent pour les effrayer et faire fuire ; que si les Iroquois ne venaient pas ici, plusieurs sauvages y arrivaient de toutes parts ; ce lieu étant remarqué par eux pour l’azile commun contre les Iroquois, même il y en eut plusieurs qui y reçurent le St. Baptême, entre autres le célèbre et le plus fameux de tous les Algonquins nommé le Borgne de l’Isle ; mais passons vite et arrivons au mois de juin afin d’avoir les prémices du sang que le Montréal a versé pour la querelle commune du pays. Du commencement du mois dont nous parlons, les Durons en descendant de chez eux trouvèrent les Iroquois à trois lieues d’ici dans un endroit vulgairement Chine, là où ils suivirent ensemble comme ils eussent été les meilleurs amis du monde, ce qui donna un moyen facile aux Hurons de satisfaire leur inclination fort portée à la trahison ; cela se fit de la sorte : en causant familièrement ils leur dirent : “ Nous avons scût jusque dans notre pays que des Français se sont venus placer à cette île immédiatement au dessous de ce sault, allez les voir ; vous y pourrez faire quelque considérable coup et vous défaire d’une bonne partie, vu le nombre que vous êtes Après le conseil de ces perfides, quarante Iroquois des plus lestes vinrent surprendre six de nos boulines, tant charpentiers que scieurs de bois, sans qu’il y en eut aucuns qui s’échappa de leurs mains, tous furent tués on bien faits prisonniers. Ces pauvres gens voulurent bien se défendre eu cette occasion, mais leur valeur ne put prévaloir à un coup si imprévu ; ou ne put les secourir car la chose fut exécutée trop promptement et qu’étant un peu en avant dans le bois, le vent peu favorable empêcha d’entendre ce qui se passait, mais enfin ce monde ne revenant pas, on les alla chercher sur les Mieux, où on trouva le corps de ceux qui avaient été tues, lesquels firent juger de tout ce qui était survenu. Le lendemain ou apprit les choses plus sûrement par les Humus, que les Iroquois traitèrent selon leur mérite, car ayant passé toute la nuit à insulter les Français que les Iroquois avaient emmenés prisonniers, le matin accablés de sommeil, ils s’endormirent profondément, proche