Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/17

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cette providence fit rencontrer les messieurs Ollier et de la Doversière dans Paris, et comme elle les éclaira tous deux au même moment sur le même sujet, leur découvrant mutuellement pour ces effets les plus intimes de leur cœur, sans qu’ils se parlassent aucunement, admirons tout ce qu’elle faisait faire d’un côté par ces dignes ouvriers évangéliques de 1640 à 1641, et comme d’une part elle connaissait l’esprit de M. de Maison-Neuſve et l’obligea enfin de s’adresser à ce père Charles Lallemand, auquel ces messieurs communiquèrent leur dessein, afin qu’il le lia à eux lorsqu’il en serait temps ; admirons ce qu’elle opéra, à l’égard de mademoiselle Mance dans Langre, dans son voyage de Langre à Paris ; voyons ce qui se passa à son égard à Paris, où même jusqu’à Larochelle où l’union se fit ; voyons enfin comme cette providence traça toutes choses, sans qu’aucuns reçussent des nouvelles les uns des autres et participant à ses desseins secrets ; admirons, mais plus que tout autre chose, comme elle voulut que la plus part des entrepreneurs de cet ouvrage fussent sur la conduite des Révérends pères Jésuites, afin qu’y reconnaissant la volonté de Dieu ils fussent les premiers arc-boutants de cette entreprise, ce qui était très-considérable pour ne pas dire absolument nécessaire puisque ce dessein n’eut pas plus tôt vu le jour qu’il ait été mis à néant, s’il n’eut pas eu le bonheur d’être favorisé de leur approbation ; louons en tout la providence divine qui s’est montré trop favorable vis à vis de ces ouvrages pour nous permettre d’appréhender que le ciel l’abandonne jamais. Mais revenons à Larochelle où tout ce préparait à faire voile, lorsque Mlle de Mance s’avisa fort prudemment de prier M. de la Doversière qu’il lui plut de mettre par écrit le dessein du Montréal et de lui en délivrer des copies qu’elle put les envoyer à toutes les dames qui avaient voulu le voir à Paris, entre autres à madame la Princesse, à madame la Chancelière, à madame de Villersavin, mais surtout à madame de Bullion de qui elle espérait d’avantage ; M. de la Doversière estima que rien ne pouvait être mieux pensé, il dressa le dessein, fit faire des copies qu’il lui mit en mains, ensuite de quoi elle accompagna chaque copie d’une lettre et en fit un paquet séparé, après elle lui remit le tout afin de s’en pouvoir servir selon sa prudence lorsqu’il serait à Paris ; nous verrons cy après l’utilité qu’on recevra de tous ces écrits, mais en attendant, il faut parler de l’embarquement qui se fit de la sorte : M. de Maison-Neuſve se mit avec environ 25 hommes dans un vaisseau et Mlle Mance monta dans un autre avec 12 hommes seulement, pour le reste de l’équipage et des hommes du Montréal, ils s’étaient embarqué à Dieppe ; dans le premier navire était un prêtre destiné pour les Ursulines, dans l’autre était le père Laplace,