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ABRÉGÉ DE LA MISSION DE KENTÉ.



Tout ce que nous avons à dire de plus considérable de cette mission est renfermé dans une lettre qui nous a été adressée par M. Trouvé lequel a toujours été témoin oculaire de tout ce qui s’y est passé, ne l’ayant point abandonné depuis son commencement ; voici le rapport fidèle de ce qu’il m’a écrit, puisque vous désirez que je vous dise quelque chose par écrit de ce qui s’est passé dans notre chère mission chez les Iroquois, je le ferai bien volontiers contre toute la répugnance que j’en ressens, n’ayant souhaité jusqu’à aujourd’hui rien de plus sinon que tout ce qui s’y est passé ne fut connu que de celui à la gloire duquel doivent tendre toutes nos actions, et voilà la raison pourquoi nos messieurs qui ont été employés à cette œuvre se sont toujours tenus dans un grand silence ; d’où vient que M. l’abbé de Fénélon ayant été interrogé par Mgr de Pestrée, notre évêque, de ce qu’on pourrait mettre en la relation touchant la mission de Kenté, il lui fit réponse que la plus grande grâce qu’il nous pouvait faire était de ne point faire parler de nous.

Ce fut l’année 1668 qu’on nous donna mission pour partir pour les Iroquois et le lieu principal de notre mission nous fut assigné à Kenté parceque cette même année, plusieurs personnes de ce village étaient venues au Montréal et nous avaient demandé positivement pour les aller instruire dans leur pays, leur ambassade se fit au mois de juin, mais comme nous attendions cette année là de France un supérieur, nos messieurs trouvèrent à propos qu’on les priât de revenir, ne jugeant pas qu’on dut entreprendre une affaire de cette importance sans attendre son avis ; pour ne rien faire là-dedans que suivant ses ordres. Au mois de septembre, le chef de ce village ne manqua pas de se rendre au temps qu’on lui avait prescrit afin de tacher d’avoir et de conduire des missionnaires en son pays, alors M. de Quélus étant venu pour Supérieur de cette communauté on lui demanda et il donna très volontiers son agré-