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MARCELINES DESBORDES-VALMORE

grandes occasions, et l’on répandait alors, en guise île lapis, un sable fin sous les pieds des convives.

Habituellement, la famille se tenait dans la première salle, qui était chauffée par l’étuve. L’aïeule y vaquait aux soins du ménage et des repas, tandis que, près de la croisée, sa bru, assise au rouet, filait le lin. Entre elles deux, Marceline, dans sa chaise basse, appliquait au tricotage d’une paire de jarretières ses doigts de quatre ans. Pour l’amuser et lui dégourdir les membres, il arrivait que sa grand’mère l’invitât à danser une sarabande, sur un air populaire. La petite imitait les mouvements qu’elle voyait faire, levait les pieds, les bras, courait…, à l’ébahissement de la verdurière et du vieux soldat, qui étaient montés de la cave, attirés par le bruit des talons frappant le plancher en cadence.

La pièce où couchaient les enfants, — plutôt une soupente qu’une chambre, était au-dessus de l’étuve. Le berceau de Marceline côtoyait les lits de son frère Félix et de ses sœurs Eugénie et Cécile. C’était là qu’en revenant du séminaire ou du couvent des Lrsulines, et après avoir échangé leurs sabots contre des chaussons fourrés, ils allaient ranger paniers, tabliers et cahiers d’écriture, roquelaure et mantelets doublés d’ouate et de bourracan. Ensuite de quoi ils emplissaient la maison de leur babil et de leurs ébats.

Mais Eugénie et Cécile ayant respectivement neuf et six ans de plus que leur jeune sœur, c’était plutôt avec Félix, âgé de huit ans, que celle-ci jouait :