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MARCELINES DESBORDES-VALMORE

mariage avantageux, embarras d’un enfant… L’ai-je trahi ? dit-elle.

L’ai-je trahi ? Jamais. Il eut mon âme entière ;
Hélas ! j’étais étreinte à lui comme le lierre.
Que pour m’en arracher, il m’a fallu souffrir !

C’est justement sous ce lierre étouffant que l’ardeur de l’ingrat s’est éteinte. Elle semble ne l’avoir deviné qu’une fois, lorsqu’elle parle de sa fidélité et de l’effroi qu’il en éprouve. Que n’a-t-elle profité des leçons particulières de la coquette Délie, au lieu de paraphraser, en ses élégies, celle de Louise Labé, son aïeule poétique, « mélodieux enfant fait d’amour et d’amour » :

Mais si en moi rien y a d’imparfait,
Qu’on blasme Amour, c’est lui seul qui l’a fait !

Combien de temps dura la liaison de Marceline avec le père de son enfant ? Deux ans à peine, la première fois. Celui-ci vint au monde le 24 juin 1810 et la rupture ne se produisit que vers la fin de la même année. Marceline, dans l’intervalle, réchappa d’une grave maladie, comme l’indique ce passage de l’épître à Georgina Nairac :

Quand celui qui me fuit ne songeait qu’à me suivre
Le cours de mes beaux ans fut près de se tarir.
Qu’il m’eût alors été doux de mourir
Pour l’amant dont les pleurs me suppliaient de vivre !
« Ne meurs pas, disait-il, ou je meurs avec toi ! »