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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/57

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hait ceux qui cherchent à l’élever, et accepte avec joie le tyran qui fait régner une égalité de Procuste, en un mot, la perspective d’une fourmilière imbécile sous un niveau écrasant. Voilà ce que nous promet l’école de l’ignorance. Toutes les fois qu’un de ses champions ouvre la bouche, je crois entendre, modifiées et appliquées à notre époque, les paroles du comique de la décadence athénienne, les imitations du cynique Alexis : « Bois, mange, aime, ris ; le ventre, c’est ton père ; le ventre, c’est ta mère ; tout le reste, vertu, génie, art, liberté, idéal, n’est que poussière, poussière de Rude et de Géricault, poussière de Balzac et de Vigny, poussière de Vergniaud et de Championnet ! »

L’art, la morale, l’intelligence, les vertus civiques, sont également en danger. Que les meilleurs avisent.

Nous ne voulons pas dire qu’on prenne contre les ignorants les mesures que ceux-ci proposent contre Titien ou Raphaël. Nous les condamnons à ne jamais étudier ceux qu’ils ne comprendraient pas. C’est là toute notre vengeance. Maintenant, qu’ils ne s’imaginent point nous troubler dans la contemplation et dans l’étude des chefs-d’œuvre. Les maîtres se défendent "d’eux-mêmes. Ce n’est pas à notre époque, encore féconde en nobles entreprises, que l’on peut désespérer de l’avenir, surtout au lendemain de la Légende des siècles, de la Vie de Jésus, d’Hommes et Dieux, de Port-Royal, de YHistoire de la littérature anglaise. Désespérer quand la critique neuve et militante s’appelle Montégut, Levallois, Schérer ; quand