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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/319

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Tel la vie nous le présente, tel l’art contemporain l’a été chercher dans la vie et l’a placé sous nos yeux avec autant de relief que de ressemblance. Le Marius de Victor Hugo, le Maximilien d’Augier, YOlivier de Vacquerie, le Sternay de Dumas fils et le Robert Burat de Claretie, sont des portraits fidèles, de frappantes effigies que nous avons à chaque moment l’occasion de confronter avec nos jeunes contemporains. Laborieux et ne se plaignant pas d’être incompris, tragiques sous un habit noir, calmes dans leur pauvreté qu’ils acceptent comme un honneur, doués d’une double vue sur les choses poétiques et pratiques, à la fois lyriques et positifs, jamais romanesques, à tous ces signes ce sont bien nos frères. Ils transportent sur la scène ou dans le livre les habitudes d’esprit que nous appliquons chaque jour. Fierté, sang-froid, prudente réserve, tels sont les éléments de leur nature. De quoi se compose le caractère des jeunes hommes d’aujourd’hui ? et quel sentiment y domine, si ce n’est la défiance ?

Cette défiance n’est qu’une forme de l’esprit d’examen ; un scepticisme hautain peut à l’occasion déconcerter les projets des ambitieux de toute sorte. Que de fois le mépris nous a vengé de leurs prétentions envahissantes ! Souvent la critique mordante, la raillerie implacable, font plus contre les corrupteurs du bon droit que des protestations qui leur donnent une importance mensongère. Il y a des heures où l’ironie devient une arme mortelle.

Mais l’ironie ne suffit pas aux triomphes de l’avenir.