Ouvrir le menu principal

Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/313

Cette page n’a pas encore été corrigée


armé d’une conviction forte et puissante. Elle a acclamé la Légende des siècles, où retentissent tant de fiers appels à la conscience du genre humain ; elle a applandi aux Funérailles de l’Honneur, aux satires véhémentes d’Augier et de Mallefille, aux romans nationaux d’Erckmann-Chatrian. Cette jeunesse-là, nous l’avons vue, quand elle n’avait pas encore vingt ans, enivrée, prête à renouveler l’héroïque élan de 92, le jour où nos soldats partaient pour combattre au nom d’une idée. Nous l’avons vue, dans d’autres circonstances, déployer un courage civil plus malaisé peut-être que le courage militaire. Tous ces jeunes gens attentifs aux résultats des élections, inquiets et passionnés, étaientils des indifférents et des égoïstes ? étaient-ils, en un mot, tels qu’on les peint trop souvent en les confondant avec leurs frères indignes ?

Pas un d’entre nous qui ne voie le mal là où nos détracteurs le signalent, dans l’abaissement des caractères, dans l’exténuation de la personne. Pas un qui ne le déplore. Cherchons-nous suffisamment à conjurer ce mal ? Là, peut-être, notre tort est plus grave. Et pourtant nous connaissons les symptômes de cet état morbide, effroi de l’originalité, manie du classement, amour des fonctions bien déterminées et des positions bien assises. On se résigne ainsi à suivre docilement le chemin frayé par l’indifférence, la routine et toutes les banalités de ce monde ; on borne son instruction aux exigences d’une spécialité ; on évite soigneusement toute inquiétude de la pensée, une opinion littéraire, une recherche religieuse, une théorie politique, en un