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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/31

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elles ont la langue preste : « Terre, notre mère, d’où sort cet homme ? Que t’importe que nous bavardions ? Commande à ceux qui t’appartiennent et non à des Syracusaines. » Avant l’étranger, elles ont de la belle façon relevé une vieille femme : « La vieille est partie en laissant un oracle : les femmes savent tout ; elles savent même comment Zeus épousa Héra. » Mais bien avant elles ont daubé à leur aise sur les petits ridicules de leurs époux. Le mari de Praxinoa a choisi au bout du monde une tanière et non une maison. Il voulait sans doute empêcher les deux amies de se voir. Praxinoa l’appelle un imbécile, un grand niais, qui, parti pour acheter du fard, rapporte du sel à la maison. Le mari de Gorgo ne vaut guère mieux. C’est un bourreau d’argent. Et tout cela se dit devant un enfant terrible qui saura tout répéter. Puis, au milieu de ces confidences d’épouses peu charitables, se glissent les propos de toilette, les détails de vie domestique reproduits avec une réjouissante fidélité. Ce sont les allées et venues d’Eunoa l’esclave qui perd la tête et présente de l’eau en guise de savon ; ce sont les questions de Gorgo sur la robe agrafée aux larges plis qui vafsi bien à son amie Trivialité, diront certaines gens. Vérité, dirons-nous, puisque toutes ces niaiseries de la vie quotidienne sont relevées par l’art et la composition.

Le mouvement et les rumeurs de la foule ne sont pas moins habilement rendus. Mais ce qui charme le plus, c’est ce décousu et ce laisser-aller de la conversation si bien reproduits par le poëte. Ces deux Syracusaines si vives et si vraies n’ont-elles pas leur droit