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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/297

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Mais la Convention a fait subitement fléchir toutes les rigueurs, et, se désarmant pour la défense aussi bien que pour l’attaque, a offert à ses ennemis non-seulement la sécurité, mais une liberté indéfinie. En peu de jours les prisons se sont rouvertes. Dans la délivrance en masse de ces prisonniers, il y avait en même temps qu’une conséquence du 9 thermidor, un instinct confus de réparation, un vague ressouvenir des idées de Desmoulins et de Danton, un appel à la clémence et à l’oubli que J. Claretie ne songe pas à méconnaître. Il y avait aussi, pour un certain nombre de thermidoriens, un calcul malhonnête et coupable et qui montra par son insuccès combien les piéges sont faits pour ceux mêmes qui les tendent. Ce calcul visible chez les Fréron et les Tallien, surtout chez les Bourdon et les Rovère, consistait à s’attacher, par ces élargissements indistincts, tous les jeunes royalistes des villes, de manière à s’en faire une sorte de garde prétorienne contre le peuple des faubourgs. Et pourquoi suspectaient-ils le peuple ? Parce qu’ils n’espéraient jamais obtenir de son assentiment les violences qu’ils méditaient contre un grand nombre de leurs collègues ; parce qu’ils avaient besoin de défendre contre le peuple les intrigues de réaction où ils se trouvaient impliqués. Tel fut le calcul de certains chefs thermidoriens : ils agirent dans des vues d’égoïsme, d’ambition, de rancunes personnelles, là où les meilleurs d’entre eux, je parle ici de Legendre, de Lecointre, de Merlin de Thionville, obéissaient au généreux emportement de leur sensibilité. Le calcul et l’élan généreux vinrent