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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/275

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Marivaux peint des jeunes hommes soumis à toutes les convenances, inclinés devant la famille et le devoir, plus respectueux à mesure qu’ils sont plus aimants, Musset a multiplié les images de son étrange nature dans des types qui n’ont rien de viril, à moitié adolescents, à moitié féminins. Ce type préféré de Musset, son héros, est un être complexe, nerveux et fébrile, mystique et sceptique, mélangé de grand seigneur byronien, de poëte lyrique, d’étudiant moqueur, de dandy et de bohème ; ouvert à tous les blasphèmes, à tous les repentirs, à toutes les excitations de l’ivresse, à toutes les nostalgies de la foi et de la beauté ; toujours le même sous des formes diverses en apparence, un roué avec des aspirations extatiques, qu’il s’appelle Fortunio ou Octave, Celio ou Valentin. Les héros de Marivaux aiment dans la plénitude de leur santé et de leur raison, dans l’atmosphère de la famille, dans les limites de la société ; les héros de Musset aiment au milieu de la fièvre, du vertige, des exaltations et des prostrations, en dehors de la société et de la famille, sympathiques et redoutables, pervers et douloureux, dignes de tous les blâmes de la raison et de toutes les indulgences de la pitié. Ils souffrent et font souffrir. Leur justification complète est impossible ; leur double excuse, toujours puissante à nos yeux, s’appelle le malheur et le génie !

Si de cette œuvre tourmentée nous revenons à l’œuvre saine et calme de Marivaux, nous sommes frappés d’un caractère général de quiétude, d’apaisement, de joie, qui s’étend même aux personnages secondaires.