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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/270

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sans le savoir, et demeure interdite, mais n’osant encore se dédire. Tout l’intérêt de la pièce repose sur les combats qui se livrent dans ce cœur contre l’orgueil, qui cède peu à peu au sentiment des belles qualités de Dorante. Jugez à quelles gradations savantes donne lieu ce retour d’Angélique, qui, d’une altière personne, redevient lentement une simple et soumise jeune fille.

La Surprise de V amour est la contre-partie des Serments indiscrets. Ce n’est plus un jeune homme et une jeune fille inexpérimentés ; c’est un homme du monde désabusé par la trahison d’une coquette ; c’est une veuve qui se croit inconsolable, et qui tous deux ont juré renoncement et guerre au mariage. Leur serment est aussi indiscret que celui de tout à l’heure, et le sentiment et la raison les forcent insensiblement à se parjurer devant notaire. Leur farouche et éphémère résolution nous a valu du moins de spirituelles boutades.

Dans VÉpreuve, un gentilhomme de campagne a dirigé ses vues sur une jeune personne demi-bourgeoise, demi-villageoise. Seulement, il veut être agréé pour lui-même et non pour son immense fortune. 11 met à l’épreuve la délicatesse de la jeune fille en lui offrant successivement deux partis avantageux, mais indignes d’elle par la médiocrité de leur éducation. Angélique se montre inaccessible à ces tentations de l’argent. L’épreuve est accomplie. Cette pièce respire une naïveté délicieuse ! Angélique semble une Psyché de village, une Chloé qui s’ignore et qui ne cherche pas Daphnis.