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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/268

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moins grand, mais aussi consciencieux et aussi fidèle ? Cet interprète a été Marivaux, qu’un ensemble de qualités amoindries, mais analogues, me permet d’appeler le Racine de la comédie.

Les héroïnes de Marivaux m’apparaissent comme les jeunes sœurs de celles que Racine a créées si gracieuses et si pures, si tendres et si chastes, chœur antique d’amantes chrétiennes, une Junie, une Bérénice, une Monime, types fiers et doux de la vertu aimante. Sans s’élever à de telles hauteurs, les jeunes filles de Marivaux ne sont pas indignes de cette parenté que j’ai signalée. L’amour dans leur cœur, sur leurs lèvres, est toujours « l’amour ingénu », épuré dans ses vues, délicat dans son expression, couronné par la sainteté du mariage. Chez Marivaux, on ne voit jamais, comme chez presque tous les auteurs comiques des deux derniers siècles, l’autorité paternelle bafouée, et à tous propos les enlèvements, les rébellions du caprice contre le devoir. La famille y reste intacte et respectée, et ce n’est pas un des moindres titres de gloire de notre héros que de nous avoir fait assister tant de fois à la naissance des inclinations dans de jeunes cœurs, sans porter à la morale la plus légère atteinte, sans que l’amour fût autre chose qu’un prélude^ inoffensif à un heureux mariage, que les fiançailles ingénieuses de deux cœurs qui se choisiront pour la vie et pour l’éternité !

L’apparition de l’amour dans une âme généreuse et pure, les résistances à ces envahissements insensibles produites par des sentiments ou par des intérêts opposés,