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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/251

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ancêtres ; Jacques, qui traverse, l’ironie aux lèvres et la désillusion au cœur, l’intrigue la plus fantasque, la plus allègre, la plus amoureuse qu’ait jamais imaginée un génie en fête. Vivante antithèse, symbole de la tristesse qui ne veut pas être consolée, il va dans son élégiaque attitude parmi ces travestissements et ces bergeries, et, entre Célie qui s’enamoure et Rosalinde qui s’affole, il promène ses grands airs ennuyés de misanthrope à la retraite. Tous ses amis sont consolés de’eur disgrâce et de leur déchéance ; lui seul ne l’est pas, uniquement parce qu’il prend plaisir à raffiner sur ses maux et à commenter ses chagrins.

Notre XVIIe siècle ne suivit pas la tradition de Jacques et d’Hamlet : il était trop bien assis et trop solidement constitué dans la hiérarchie politique et religieuse pour donner une large place à l’inquiétude du sentiment. La Fontaine a pu dire :

…. Il n’est rien

Qui ne me soit souverain bien,

Jusqu’aux sombres plaisirs d’un cœur mélancolique ;

sans que chez lui la mélancolie soit autre chose que chez Horace, c’est-à-dire un accident poétique, un contraste recherché et saisi avec délices.

Quelques traits mélancoliques ne me permettent pas non plus d’introduire dans ce chapitre le nom de Racine. Une tristesse suave, languissante parfois, mais trop définie pour être rêveuse, répand un sympathique enchantement sur les figures adorables de Junie, de Bérénice, de Monime et d’Esther. Mais ce n’est pas encore