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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/244

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ESSAI SUR LA MÉLANCOLIE.

A MON CHEK MAITRE SAINTE-BEUVE.

La mélancolie n’est pas une fille de notre siècle. Elle est vieille en ce monde et n’a point attendu 1800 pour commencer dans le cœur humain ses poétiques ravages. Qu’est-ce au juste que cette ennemie du calme et de la sérénité, assaillante obstinée, tenace occupante de l’âme ? Prise comme une abstraction, la mélancolie ne serait qu’une disposition à tout ramener à des idées préconçues de deuil et de découragement. Envisagée comme une mystérieuse puissance, devenant alors une maîtresse absolue des inclinations et des volontés, elle peut se définir la tristesse à demeure. Amollissante’stérile, pleine de langueur et d’énervement, elle détourne de l’action en invitant à la rêverie. Toutes nos énergies s engourdissent par la lassitude qu’elle nous infiltre ; tous nos enthousiasmes cèdent au doute qu’elle nous insinue. Qu elle est dangereuse ! dira-t-on. Dangereuse, assurément, mais à la façon des sirènes. Armide ne fut ni plus redoutable ni plus séduisante