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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/237

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s’envoler au-dessus de ces réalités gracieuses. J’ai vu surtout avec peine ces empiétements sur le domaine médiocrement enviable de Murger. Il y a quelque chose qui a fait souffrir ma fierté d’admirateur et ce que j’appellerai ma piété filiale pour ce père des intelli" gences, c’est de voir notre Pindare solenniser une bonne fortune avec une lavandière, assimiler aux nuages de l’Ida les canapés des guinguettes, et livrer à une giletière la bandelette d’Hermès. Ici, hélas ! la bandelette d’Hermès, c’est l’idéal. Je ne parle pas ainsi par scrupule pseudo-classique ; j’ai donné des gages à la réalité la plus familière, et je ne recule pas devant le décalque des roueries et des folies parisiennes ; seulement, ce que je me permettrai à moi chétif, ce que je goûterai chez des maîtres contemporains, me paraît pour Victor Hugo presque une abdication et une déchéance. Sans doute l’Interruption à une lecture de Platon est un petit chef-d’œuvre ; mais Turlurette, penchée sur l’épaule du poëte, me gâte la pensive et noble figure d’Olympio. Est-ce ma faute à moi si j’estime le géant du siècle, le dompteur de la lyre, né pour mieux que pour glorifier les grisettes et les fillettes ? Homme étonnant ! il possède à lui, absolument à lui, la mythologie, la féerie, la légende, la nature, la famille et l’humanité ; et il ne peut laisser à de moins grands la Closerie et la Banlieue !

Et pourtant, dans ces pièces que je regrette pour ma part, combien de strophes ravissantes !

Victor Hugo redevient le lyrique infaillible, l’archer sûr de son trait, comme disaient les Grecs d’Apollon,