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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/232

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servante, les délicats et les ciseleurs à peu près traités de fainéants 0 muse, pardonne ces blasphèmes à ton plus cher, à ton plus noble enfant !

Malgré les dissidences qu’il provoquera et les contradictions respectueuses qu’il fera naître, un tel livre ne peut en résumé qu’ajouter à la glo re si complète de Victor Hugo. C’est le couronnement de son œuvre critique. Il est de la destinée de Victor Hugo de nous donner ses chefs-d’œuvre depuis une douzaine d’années. Romancier, il a, dans quelques parties des Misérables, laissé bien loin derrière lui Notre-Dame-deParis ; poëte, il n’a pas été plus pathétique que dans les Contemplations, plus sublime que dans la Légende des siècles ; critique, il n’a jamais déployé plus d’intuition et de logique éloquente que dans cette rédaction définitive de l’esthétique dont il avait fourni simultanément les exemples et les préceptes. Il a donné dans sa retraite le spectacle d’une activité féconde, d’une propagande par le Beau que le monde n’avait pas connue depuis Cicéron. Quoi de plus vénérabl ; qu’un tel spectacle ? quoi de plus étonnant aussi ? La perpétuité du talent nous ravit et nous surprend moins que cette flamme éternelle de jeunesse, cette fleur d’adolescence chez un génie qui naquit avec le siècle. De la vieillesse, Victor Hugo n’aura que la gravité et la majesté. Subira-t-il jamais ce refroidissement qui tombe sur l’imagination avec la neige des années ? Nous ne le croyons pas : ce sera longtemps encore la plus agile des intelligences vigoureuses. Homme admirable qui est peut-être à la veille de nous donner de