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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/226

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Schiller que Corneille. » En 1864, voici ce qu’il nous dit : « L’imitation est toujours stérile et mauvaise. Le drame de Shakespeare n’est ni à continuer ni à recommencer. » Ainsi l’originalité est indispensable au poëte. Tels sont les préceptes d’une esthétique qui n’est la plupart du temps que le code du bon sens, comme celle d’Horace et de Boileau, avec la convention en moins et la liberté en plus.

Enfin, à un moment où le réalisme excessif domine au théâtre, Victor Hugo intervient comme un Longin moderne, comme un frère de Quintilien, en préservant les droits de l’idéal. « La vérité de l’art ne saurait être la réalité absolue, » nous avait-il dit en 1827. Aujourd’hui il indique à l’Art, comme but absolu, non point la reproduction des hommes, mais la création des types, ces portraits agrandis de l’humanité, « leçon permanente des générations ». Or, ces types n’ont rien à démêler avec les personnages de telle ou telle comédie du Gymnase. Ceux-ci peuvent figurer exactement un usurier, un voluptueux, connus dans la société parisienne : ils n’ont pas droit de cité dans l’art. Il faut que par un travail de condensation cet usurier soit devenu Shylock, ce voluptueux don Juan, exemplaires d’une espèce, d’une race, que l’on ne saurait comparer à son voisin et dont l’on reconnaît la vie spéciale et supérieure, plus réelle que celle des vivants d’un jour. « L’homme est une prémisse, le type conclut. »

Telles sont les données principales de l’esthétique de Victor Hugo, hostiles à la routine, conformes à