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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/194

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Puis viendraient Marion et Hernani. La prise de possession du théâtre par le novateur de vingt-cinq ans n’était rien moins que l’expulsion de la tragédie routinière, fille menteuse du grand Racine et douteuse du moins grand Voltaire, Malheur aux Germanicus, aux Sylla, aux Pertinax ! La néo-tragédie elle-même timidement audacieuse de Soumet, de Guiraud, d’Ancelot, s’effaçait avec effroi devant le drame dont on entendait venir au loin la marche impétueuse comme une cava lerie qui se hâte dans les ténèbres. Mais Guiraud et Soumet avaient une trop grande âme pour quereller le succès d’autrui. Ils s’attristèrent peut-être, ils s’étonnèrent sans doute, mais ils applaudirent. O cœurs de vrais poètes !

animas quales neque candidiores.

Terra tutit.

Quand on voit plus tard ( ces mémoires nous l’apprennent ) Alfred de Musset taquiner le succès de Notre-Dame-de-Paris par un méchant article d’écolier, on saisit la différence des époques et des hommes, et l’on se dit que, s’il y avait progrès dans le talent de la Pauvre fille h Lucie, il y avait sans aucun doute abaissement dans le caractère.

Harcelé par les journaux, par les parodies, par les propos de ville et de salon, Hugo devint un poëte militant. Il dut avoir en lui du chef de guérillas et du général d’armée. Toujours obligé de se tenir sur la défense, il dut aussi, pour n’être pas renversé, pousser parfois l’agression plus loin qu’il ne l’eût voulu plus