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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/151

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par la vulgarisation, toutes les jeunes et généreuses folies mises de côté par une précoce impatience d’arriver vite et de réaliser promptement.

Ce triste tableau est-il chargé de trop sombres couleurs ? qui oserait le dire parmi ceux qui, sur les quinze dernières années de notre histoire, ont jeté un coup d’œil ferme et assuré ? Depuis l’essai de M. Montégut sont venues les comédies de M. Émile Augier, et les mêmes vérités terribles ont été dites au public, qui les a bien entendues et justement applaudies sans crier à l’exagération. Mais chez M. Montégut, elles nous semblent exprimées avec plus de profondeur et d’autorité, et elles ont l’avantage de ne pas sortir de la bouche de Giboyer. Ainsi, nous venons de voir à l’œuvre ce qu’on pourrait appeler « le pessimisme et la misanthropie » de M. Émile Montégut.

C’est un pessimisme bien rare, et la misanthropie nous paraît digne de louange qui s’attaque non pas à l’humanité, mais aux erreurs où l’humanité trouverait un jour sa ruine. Quel Alceste que celui qui dénonce inexorablement nos maux, mais pour y chercher des remèdes et qui les découvre : « Que les classes moyennes y songent : l’idéal de la société qu’elles ont fondée, beaucoup plus moral en principe que celui de la vieille société, leur impose bien plus de vertus et une plus grande responsabilité. En effet, cet idéal exige tant de dévouement, que, s’il était réalisé, la fortune devrait être considérée comme un dépôt dont chacun est responsable et comme un budget particulier dont chacun doit compte à la société tout entière… Le travail,