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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/124

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pour eux à toute heure l’Amitié toujours présente et l’Inspiration toujours visible !

« Esprit, adresse, souplesse, facilité à tout comprendre, art de causer, séductions de l’âme, de l’esprit et des sens, voilà l’hétaïre. Elle naît esclave, elle se fait reine. Elle saisit comme sa proie toutes les délicatesses exquises que la femme honnête abandonne… Dans la Grèce, qui transformait tout en art, les hétaïres firent de leur métier l’objet de profondes recherches et d’une grande érudition (1). » M. Ph. Chasles cite à ce propres Aristophane, Ammonius, Antiphane. Xénophon, dans une page curieuse de son Apologie, nous montre Socrate, cet austère ami d’Aspasie, en conversation avec une hétaïre et la bouche pleine de conseils et de préceptes sur l’art étrange de cette chasseresse. Socrate dressant une hétaïre, quel étrange spectacle, si l’hétaïre, dans cette saison brève et fortunée, n’avait été l’auxiliaire du poëte et comme l’alliée du philosophe ! Herpyllis passe, Aristote la suit ; Epicure s’attache aux pas de Léontium ; Archéanassa de Colophon, même vieillie, même ridée, apparaissait encore séduisante et poétique aux regards enthousiastes de Platon. Ecoutons le poëte comique : « C’est à bon droit que de telles maîtresses ont partout des temples. Une hétaïre n’est-elle pas une compagne bien plus qu’une épouse ? (2) » Les orateurs, les philosophes, les poëtes avaient trouvé les compagnes de leur esprit, et la volupté,

(1) Phii.Arête Chasles. — L°s Hétaïres.— Etudts sur l’antiquité.

(2) Eubulos, cité par M. Guillaume Guizot dans sou remarquable livre sur Ménandre.