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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/11

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— vous qui êtes un maître, — ce genre de contradiction qui passa toujours pour un hommage. Socrate n’encourageait-il pas les répliques de Cébès, loin de s’offenser chez un disciple d’une humeur belliqueuse excitée par un impérieux amour de la vérité ? C’est d’une passion semblable que naissent tout ensemble et mon audace et mon excuse ; j’ai cru la vérité en péril, et pour elle j’ai fait ce qu’avait entrepris pour Carthage la mystique Salammbô : j’ai osé toucher à votre étude magistrale comme au voile sacré de Tanit. Curiosité qui, pour paraître profane et sacrilége, n’en reste pas moins pieuse dans la forme et dans l’intention salutaire !

De votre étude sur Rossini se dégage une affirmation étrange et propre à porter le trouble dans plus d’une conscience littéraire. C’est une idée toute platonicienne, uniquement faite pour les âges antiques, où le cœur de l’homme était moins vaste, mais plus apaisé, et son intelligence moins profonde, mais plus équilibrée ; où l’art se haussait rarement à l’Expression, mais atteignait sans effort, et comme par un droit, à l’impérissable Beauté. Platon reconnaissait le poëte à des caractères extérieurs ; ainsi, avec une tournure d’esprit et un langage dignes de votre devancier, vous réservez le titre d’homme de génie à ceux qui vous paraissent de la race des dieux. A cette race n’appartiendraient, selon vous, que ces élus de l’inspiration qui, certains de leur privilége, ont exclu de leur vie le rôle du travail et l’action de la volonté.

Rien de surprenant a ce qu’une telle doctrine se