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enfant, de la ramener à une juste notion de la faute commise. Mon père, malgré sa légitime colère, est prêt à lui pardonner si elle se repent et revient vers nous. À votre amitié dévouée seule nous pouvons confier cette tâche et le secret de cette minute d’égarement ; vous seul pourrez avoir raison des sentiments exaltés de notre pauvre Gaétane.

» Oh ! mon amie, aurais-je jamais songé à ce degré d’infamie ! Non contente d’entraîner mon père vers la ruine morale et le déshonneur, cette malheureuse essayait maintenant de me traîner dans la boue et tentait, par cette odieuse accusation, de me séparer irrévocablement de Philippe… Sous l’empire d’une indignation portée à son paroxysme, je me sentais agitée d’un tremblement convulsif, des pensées confuses et terribles me montaient au cerveau. C’était une Gaétane nouvelle, au cœur débordant de douleur et d’effrayante rancune, une créature profondément blessée dans sa dignité, dans ses affections, dans son orgueil… J’étais accusée d’un vol !…

» Et Philippe me répétait :

» — Gaétane, je ne l’ai pas cru un instant… Ô ma loyale Gaétane, vous voyez bien que vous devez rompre tout lien avec ces misérables en devenant ma femme respectée et aimée !

» Une étrange lassitude morale m’avait envahie. Je me voyais seule, livrée à la haine des miens, sans avenir et sans espérance de bonheur. La foi, vacillante en moi, ne m’éclairait plus d’une suffisante lumière… Une affection ardente, sincère s’offrait à moi, et seul un scrupule de délicatesse me séparait de ce bonheur à ma portée… Sans lutter plus longtemps, je dis le mot impatiemment attendu par Philippe.

» Le notaire fit les sommations respectueuses et,