Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/140

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ce qui me portait à cette faute. Je suis un peu redevenu homme, et c’est à vous que je le dois, ma nièce.

Pour la première fois, il lui donnait ce nom et, sur sa physionomie subitement attendrie, Alix, transportée de bonheur, reconnut qu’elle possédait l’affection entière, absolue, sans limites, d’un membre de sa famille.


· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·


Mme de Regbrenz avait pris froid et se sentait fort souffrante. Au moment où Even la quittait, par un soir de tempête, Alix lui demanda timidement :

— Si vous veniez prendre le thé avec nous, mon oncle ?

— Moi !… moi ! dit-il avec stupeur en considérant le visage délicat où se lisait une douce supplication. Y songez-vous, Alix ? Je suis déshabitué de ces joies de la famille ; je dois rester solitaire, sans autre consolation que de veiller sur vous trois, mes neveux… Merci, néanmoins, chère Alix, de votre compassion envers un pauvre être triste et seul.

— Mais il ne s’agit pas de compassion, mon oncle ! Je vous assure que vous nous feriez un très grand plaisir ! s’écria-t-elle avec la simplicité charmante et l’accent de sincérité qui étaient si attirants en elle. Venez, je vous en prie, mon oncle : je n’accepte pas de refus.

Pour la première fois depuis qu’elle le connaissait, Alix vit un léger sourire entrouvrir les lèvres d’Even.

— Vous êtes une petite fée et, pour ne pas vous contrarier, j’accepte, dit-il avec émotion.

Quelques instants plus tard, la salle d’étude de la tour de Saint-Conan présentait un aspect véritablement hospitalier et charmant. Les grands rideaux de cretonne, baissés devant les fenêtres, interceptaient le souffle violent déchaîné contre les vieilles murailles ; la lampe, voilée de blanc, répandait sa vive